BILAN DES 20 ANS D’EXISTENCE DE LIPOUFANM

BILAN DES 20 ANS D’EXISTENCE DE LIG POUVWA FANM/RECOMMANDATIONS
En guise de célébration de nos vingt ans d’existence, nous prenons plaisir à partager ce bilan avec toutes celles et tous ceux qui ont toujours supporté la mission de LIPOUFANM.
8 mars 1996 introduction du projet de former une organisation en vue de mettre en application l’un des douze points de la plate forme de Beijing lors de la conférence internationale des femmes du 15 Septembre au 30 Septembre 1995 à Beijing, Chine.
Ce point important pour la délégation des organisations de femmes haïtiennes de New York, Boston, Miami et Chicago revêt d’une importance capitale à savoir :
Renforcer la participation des femmes dans les postes de leadership et les postes électifs.
Le constat majeur des femmes en postes de décision révèle une certaine faiblesse au niveau de la gouvernance étatique, de ce fait deux membres important ont pris l’initiative de lancer une réflexion profonde à partir de leur expérience. Suite à ce constat, l’idée de former une organisation a vu le jour à travers des consultations de différentes associations de femmes dans le but de sensibiliser, de former, partager leur expérience et mettre leur connaissance à l’intention des femmes qui veulent briguer un poste électif ou un poste de responsabilité.
Les voix des femmes ne sont pas écoutées, voire entendues, et elles ne peuvent faire valoir leurs revendications. Ceci était clair lors de la rédaction de notre Constitution de 1987 à laquelle ne participaient que deux femmes sur cinquante constituants!
Ce contexte de participation insignifiante des femmes à l’intérieur de la sphère politique est le point de départ de la mission de LIPOUFANM, organisation non partisane et à but non lucratif, qui est de:
1) travailler pour une meilleure participation de nos femmes au niveau décisionnel, laquelle participation servira la cause des femmes dans tous les domaines en plus d’être conforme aux recommandations de la plate-forme de la conférence internationale de Beijing en Septembre 1995.
2) assurer aux femmes l’égalité d’accès et la pleine participation aux structures du pouvoir et à la prise de décisions dans les sphères du pouvoir central et local tant dans les zones rurales que dans les zones urbaines.
3) développer l’éducation et la formation des filles et des femmes afin d’accroitre la capacité des femmes à accéder aux postes décisionnels dans le pays.
4) entreprendre et favoriser toutes les activités visant à aider toutes les catégories de femmes à exercer leur droit civil et politique.

Les sous-objectifs :
-continuer à former nos écolières du secondaire, nos femmes de demain, afin qu’elles acquièrent une meilleure connaissance de la situation générale de la femme haïtienne et une claire vision de leurs droits et de leurs devoirs de citoyennes, afin qu’elles deviennent des Pépinières de demain.
-sensibiliser les écoliers au fait que les filles et les femmes de notre pays sont reléguées à une condition inférieure par rapport aux hommes et envisager ensemble comment remédier à cette situation. intolérable.
– former des femmes sans distinction de classe, d’appartenance politique, de nuance épidermique, ou autre, afin qu’elles aient une pleine conscience de la situation socio-économique et politique des femmes et qu’elles soient éventuellement capables de briguer un poste de décision ou un poste électif.
-STRATÉGIE ET MISE EN ŒUVRE
Pour permettre aux participantes de bien comprendre la lutte des femmes, tous nos séminaires au cours de la période se sont déroulés autour de la date du 8 mars, journée internationale des femmes, une date historique qui a marqué la lutte des femmes à travers le monde.
En ce qui concerne les écoliers et écolières nous avons fait choix des lycées, seules écoles secondaires publiques. A Port-au-Prince, nous avons rencontré les directeurs ou responsables du lycée Firmin, dont la classe de Philo est mixte, du lycée des Jeunes Filles, du lycée Marie-Jeanne et du lycée Pétion afin de les sensibiliser à la situation des femmes haïtiennes de leurs droits et devoirs. Assurer aux femmes l’égalité d’accès et la pleine participation aux structures du pouvoir et à la prise de décisions dans les sphères du pouvoir central et local tant dans les zones rurales que dans les zones urbaines. Développer l’éducation et la formation des filles et des femmes.
Les objectifs poursuivis par LIPOUFANM durant ces 20 ans d’existence n’ont pas été totalement atteints. Au niveau personnel, nous pouvons dire haut et fort que toutes celles qui ont suivi nos formations ont acquis une connaissance leur permettant de briller au niveau familial, professionnel et communautaire. Jusqu’à date les femmes qui ont opté pour les postes électifs nous confient que le système de gouvernance actuel ne répond pas aux normes démocratiques permettant aux femmes de se faire élire. A ce point de vue, pour LIPOUFANM, nous pouvons dire que c’est un échec total, ce qui nous pousse à réviser notre position sur l’état de la démocratie en Haïti.
Âpres plusieurs réflexions, LIPOUFANM conclut que le système actuel de gouvernance ne correspond pas aux luttes menées par les femmes haïtiennes pour le renversement du système dictatorial en Février 1986. Après 1986, elles ont lutté pour un changement réel pour la démocratie.
L’organisation constate que trente ans après, le pays n’a aucun système de gouvernance, c’est l’anarchie qui s’impose comme mode de gouvernance et LIPOUFANM veut croire pour que les femmes haïtiennes puissent participer et faire valoir leur présence aux postes de décision, il faut un Etat de
Droit à travers une réforme globale de toutes les institutions étatiques et à cet effet, LIPOUFANM recommande à l’équipe qui aura le privilège d’être élu au suffrage universel de donner priorité à la réforme immédiate de l’État Haïtien.
Le chef de l’État, en fonction, doit convoquer sans délai une Assemblée Constituante dont la mission sera de réviser/ou d’amender la Constitution, ou d’établir une nouvelle constitution. Cette Assemblée constituante sera composée de membres choisis (es)par chaque département pour les représenter d’une façon équitable.
L’Assemblée Constituante, composée de cinquante (50) membres doit conclure et publier ses travaux sur la nouvelle Constitution. Les points suivants sont à considérer :
-Nécessité de rendre fonctionnelles et effectives les Collectivités Territoriales.
-Choix du lieu de la Nouvelle Capitale Administrative d’Haïti. Nous recommanderions Marchand Dessalines comme la Nouvelle Capitale de la gouvernance étatique.
-Nécessité de changer la date d’investiture du Président élu. La date du 7 février étant considérée comme une date partisane, nous recommanderions d’adopter le 2 janvier, qui est aussi le Jour des Aïeux, comme la nouvelle date d’investiture.
-Nécessité de résoudre d’une façon définitive le problème des Haïtiens vivant à l’étranger, qui ont acquis, pour des raisons pratiques, la nationalité de leur pays d’accueil, tout en tenant compte du besoin d’attirer les ressources de la diaspora vers la Mère-Patrie. Nous recommanderons que la Nouvelle Constitution stipule : La nationalité Haïtienne acquise par le jus sanguine, ou le jus soli, ne peut pas se perdre. En d’autres termes, au regard de la loi haïtienne, l’Haïtien née Haïtien le demeure toute sa vie.
-Nécessité de restreindre le Parlement à une seule branche, éliminant le Sénat. Le pays ne peut pas se payer le luxe d’un parlement bicéphale à cause de ses limitations financières.
-Nécessité de définir les attributions de l’Assemblée Constituante et de limiter la durée de son mandat. (5 membres par département). Outre sa mission de réviser et d’amender la Constitution, l’Assemblée Constituante, au terme de ses travaux, se transformera en un Conseil Constitutionnel, qui aura pour tâche de veiller à l’application stricte et au respect de la Constitution. Le Conseil devra élire un de ses membres comme son président.
1.- La Constitution doit être révisée avec l’idée de remettre le centre du pouvoir de décision aux collectivités territoriales.
2.- Le territoire sera divisé en départements, communes et sections communales.
3.- Chaque département aura à sa tête un Gouverneur élu au niveau départemental assisté d’un gouverneur adjoint élu. Les gouverneurs sont assistés d’une équipe technique de travail au niveau départemental. (Les gouverneurs rempliront le rôle des sénateurs)
4.- Chaque commune aura à sa tête un Magistrat élu, assisté d’une équipe technique de travail.
5.- Chaque section communale aura à sa tête un Magistrat adjoint élu, assisté d’une équipe technique.
6.- Le Pouvoir Exécutif est exercé par:
a) Le Président de la République, remplissant le rôle de Chef de l’Etat, élu au suffrage universel direct à la majorité absolue.
b) Les membres du Gouvernement exécutif sont nommés par le Président et ratifiés par la chambre des communes, remplissant le rôle de conseillers d’Etat, responsable des institutions étatiques au niveau fédéral.
7.- Le Conseil des Gouverneurs sera assisté par des Conseillers techniques, responsables des institutions étatiques nationales. Ils/elles seront nommés le Gouverneur respectif de chaque département.
Les conseillers d’état départemental (ils ou elles) auront pour attributions de veiller à l’exécution des décisions prises par le Conseil des Gouverneurs (Un Gouverneur par Département).
8.-Un Magistrat par Commune assisté par une équipe technique
9.-Un Magistrat adjoint par section communale assisté par une équipe technique
10.- POUVOIR LEGISLATIF est exercé par la Chambre des Communes. Le Sénat sera supprimé, ainsi que les Délégués Départementaux, les ASEC ET LES CASEC
11.- LE POUVOIR JUDICIAIRE DOIT ETRE REVISE COMPLETEMENT. Les Juges doivent être élus ( es )
12.- Une seule élection en prenant compte notre situation financière.
13.- La Commission Électorale Permanente doit être indépendante des trois pouvoirs, et les membres doivent être choisis (es) pour chacun des départements (critères de choix basés sur des références solides)
14.- La Constitution doit être amendée pour rendre éligible à des postes étatiques tout individu d’origine haïtienne, qui le désire et qui possède, ou qui a recouvré la nationalité haïtienne. Ainsi l’article excluant les Haïtiens qui ont préalablement renoncé à la nationalité haïtienne doit être amendé. En résumé, nos propositions garantissent le respect des trois principes suivants :
*Une constitution adaptée à la réalité du pays,
* Un État-Nation au service des collectivités territoriales
* Un système de gouvernance axée sur la décentralisation et répondant à la mesure de nos moyens financiers.

Après vingt ans sur le terrain, nous constatons que le système de gouvernance actuel ne garantit pas la participation pleine et entière des femmes aux postes de leadership du pays. Lig Pouvwa Fanm ne veut plus continuer à supporter ce système moribond qui n’a rien à voir avec la démocratie et pense que tous les secteurs honnêtes et actifs de la société doivent dire non à cette faillite totale du pays. Nous pouvons dire haut et fort qu’au niveau individuel toutes celles qui ont pris part à nos activités de formation sont pleinement satisfaites. Cependant, au niveau de leur contribution dans la gouvernance du pays c’est l’échec total. Nous rejetons totalement à tous les niveaux la gestion de la République de Port-au-Prince, nous disons oui à l’autonomie pleine et entière des Départements.
HOMMAGE A MIREILLE ANGLADE, MEMBRE FONDATRICE DE LIPOUFANM
Fait à Port-au-Prince, le 26 Octobre 2016